Qui sont donc ces LEBOUs et quelles sont leurs origine ?

Qui sont donc ces LEBOU et quelles sont leurs origine ?

Tout d’abord, ce qu’il faut savoir, c’est que les Lebu sont les ancêtres des Walaf. On sait bien qu’un certain nombre d’études ont déjà été bien consacrées aux Lebu qui habitent aujourd’hui entre Tayba Njaay et Ngor et non pas à Dakar et sa région seulement.

Parmi ces études, des données historiques d’une importance considérable ne manquent pas ; mais généralement elles se limitent entre le Gannaar (Mauritanie), le Fuuta, le Waalo, le Jolof, le Kayoor et enfin, le « Soowu-jant » (l’Est du pays).

C’est ce nom que les Lebu ont donné non seulement à NDakaaru (Dakar), mais à la terre entre Jandeer et NDakaaru. En effet, c’est cela l’histoire des Lebu depuis le 11ème siècle, selon les historiens de l’oralité. Cependant, les historiens livresques vont encore plus loin.

Et par eux, d’autres données sont développées. Ce qui nous permet de remonter plus loin encore dans les temps. C’est ce que des chercheurs comme Cheikh Anta Diop ont fait, en allant jusqu’au 11ème millénaire avant notre ère.

D’après les sources égyptiennes antiques, le peuple appelé « Lebu » vivait aux confins du Delta du Nil et de la Margarique, au début du 1er millénaire.

Seulement, la question qui se posait est celle de savoir si les Lebu qui ont vécu dans le nord-est de l’Afrique à cette époque, ont des relations historiques sérieusement étudiées avec ceux qui vivent au Sénégal, dans l’ouest d’Afrique.

Cheikh Anta Diop qui a la réputation d’aller le plus loin possible, nous dit dans son article :

« Introduction à l’étude des migrations en Afrique centrale et occidentale », un grand « OUI » ; tout en faisant une ingénieuse et considérable analyse de la terminologie géographique de la langue des Lebu. Cette analyse a apporté une réponse qui, certes ne correspond pas toujours à la toponymie des régions qu’habitent les Lebu aujourd’hui, mais elle correspond tout à fait au relief de la cyrénaïque qui était peuplée par les Lebu.

C’est la raison pour laquelle, lui et T. GOSTYNSKI, confirment fermement qu’ils sont bien les mêmes Lebu. Leurs argumentaires sont puisés dans la toponymie, dans l’histoire classique égyptienne, dans les documents iconographiques et dans les recherches anthropologiques.

1 Dans cet article, le nom « Lebu », comme les autres groupes, sera invariable. Donc, il ne prend pas de « S », ni ne sera féminisé ou masculinisé.

En guise de conclusion, ils disent que « ces Lebu qui ont vécu dans l’antiquité à la lisière de l’Egypte, étaient bien les ancêtres de ceux qui vivent actuellement au Sénégal ». Ce qui est compréhensible car les Lebu, en allant intégrer l’empire du Ghana, venaient de ce lieu…

L’HISTOIRE DES LEBU VUE PAR LA TRADITION ORALE

Il est bien connu aujourd’hui, que non seulement les Lebu, mais aussi, les Seereer, les Pël, les Mandinka et les Sooninke, sont tous venus de l’Est, d’après la tradition orale, avant la dislocation de l’empire du Ghana. Celui-ci, il faut bien le signaler, couvrait toute l’Afrique de l’ouest jusqu’au fleuve Sénégal. À l’époque, les Lebu vivant dans le Ghana avaient nommé un groupe parmi eux qui habitait une portion de terre pas très large : « Laf » et ceux qui l’habitaient sont les gens de la portion. C’est là qu’est né le nom Walaf, déformé plus tard en Wolof. C’est pour cette raison que les puristes comme Cheikh Anta Diop n’aiment pas écrire ce nom avec des « O », mais avec des « A » ; c’est-à-dire Walaf à la place de Wolof.

Ce qualificatif Lebu est toujours utilisé pour désigner des lieux d’habitation comme cela se remarque dans le nom de Waa-Kaam (Ocame) qui veut dire les habitants de ce lieu où il y avait un grand arbre nommé Kam en Lebu.

Lorsque les Waa-laf (Wolof) ont trouvé trop étroit le lieu qu’ils habitaient, ils l’ont quitté pour s’installer au bord de la mer, tout en SUIVANT la longueur pour faire l’extension de leur habitation. C’est ainsi que les Lebu les ont appelés « Waa-law » qui signifie les gens de l’extension qui donne plus tard « Waalo ».

LA NAISSANCE DE SAINT-LOUIS

Au moment où ce groupe n’avait plus besoin de faire l’extension, parce qu’il arrivait sur l’actuelle ville de Saint-Louis, ses membres ont dit : « …du moment que maintenant, nous n’avons plus de problèmes de terre, nous devons nous mettre face à la mer pour occuper l’étendue de cette terre, pour la cultiver et l’habiter en même temps ». C’est à cette époque que les Lebu l’ont appelé « Ndar geec » (ce qui est en face de la mer).

Cette appellation est composée de deux mots : « dar », qui signifie mettre les deux mains sur quelque chose, ou se mettre en face pour l’accaparer ; et « Geec » qui veut dire la mer. Ce qui veut dire qu’ils ont obtenu une terre habitable pour de bon.

Comme nous le voyons, la dislocation de l’empire du Ghana DEVAIT entraîner une série de migration vers toutes les régions de l’Afrique de l’ouest. Partout où un fort regroupement était effectué, devait naître plus tard un Etat au sens politique de l’époque ; c’est-à-dire un empire ou une principauté.

C’est d’ailleurs, ainsi que sont nés les Empires SUIVANTS :

– « Songhaï » de Gao,

– Mossi,

– Sarakolle dit « Takrour », déformé plus tard par les Walaf en « Tukuloor ».

Nous l’avons remarqué, les walaf pendant tout ce temps, n’ont pas pu former un Etat à cause du fait qu’ils étaient instables, n’ayant pas de terre. Mais une fois INSTALLÉS au Waalo et à « Ndar » (actuel Saint-Louis), une organisation socio-politique s’imposait. Ce qui ne va pas tarder à se faire.

LA NAISSANCE DU PREMIER ETAT WALAF

Après le coup d’Etat effectué sur le régime de son oncle, Ndiadiane Ndiaye (règne 1200-1249) forma sa PROPRE principauté qui va s’élargir jusqu’au Jolof. Grâce à ses fils, cet empire va durer des siècles. C’est en effet, durant le premier siècle de cet empire au Jolof qu’un groupe parmi les Walaf, qui avait gardé son nom d’origine et qui avait donné au Walaf leur nom, s’est révolté en disant qu’il n’était pas d’accord sur le fonctionnement de cet Etat à cause de deux choses :

1) La façon dont les terres étaient distribuées, car tout était ou presque pour le roi ou ses frères ou son armée ;

2) La domination des uns par les autres. En un mot, l’esclavage.

Ceci a engendré leur départ du Jolof pour aller chercher d’autres terres ailleurs.

L’IMMIGRATION DES LEBU DU JOLOF AU KAJOOR

A force de se concerter pour voir ceux qui n’étaient pas d’accord avec le fonctionnement de l’Empire, l’adhésion devenait de plus en plus facile. Beaucoup de familles se sont rassemblées pour l’idée de quitter le Jolof. Elles sont les SUIVANTES :

– Une bonne partie de la famille Mbeng, qui est parmi les plus célèbres car, le Jolof lui-même a comme patronyme « Mbeng ». en Wolof, on dit « Jolof Mbeng » (les Jolof des Mbengue) ;

– Une autre grande famille qui était celle de la famille du « Buur-jolof », la famille Njaay, s’est

déchirée en deux parties : celle qui veut rester avec le buur et l’autre qui est prête à partir ;

– Les familles Gey, Samb, Ndooy et Sekk.

Ces familles ainsi constituées sont donc parties en passant par le Njaabur où elles ont récupéré les

Beey, Ñang et Loo.

En quittant le Jolof, elles se sont INSTALLÉES au cœur du Kajoor à l’Est de l’actuelle ville de Tiwaawan.

LA PREMIÈRE INSTALLATION DES LEBU DANS LE 1ER « NDAKAARU »

Dans le cœur du Kajoor, à l’actuelle ville de Tiwaawan, les Lebu ont INSTALLÉ leurs premières habitations nommées « dëkk-raw » voulant dire : est sauvé celui qui l’habite. Ce sont les Seereer trouvés dans le Kajoor, qui s’entendaient avec eux, qui ont déformé le nom « dëk-raw » en « Ndaka- raw ». C’est cette appellation qui va finir par l’emporter et ce nom devient Ndakaaru.

Ces seereer sont ceux qui se trouvent aujourd’hui dans la société Lebu. Ils sont ces 7 familles : Pay(2), Puy, Seen, Ngom, Juuf, Nduur, Fay et Jonn.

Le premier Ndakaaru était retranché et entouré par une bande creusée. Tous les ressortissants du Jolof et du Njaambur y habitaient et y cultivaient leurs champs.

Mais au bout de quelque temps, ils DEVAIENT élargir cette terre en créant d’autres villages. C’est pour

cette raison qu’ils ont créé le village de « Tayba Songoo » qui n’existe plus sur la cartographie

sénégalaise. Ensuite, celui de Tanma et de Tayba Njaay, avant l’étape de Jandeer, la première capitale

des Lebu.

2 « Pay » est une déformation de « Fay ». C’est le nom de lieu « payeen » qui a engendré cela par l’arrivée des « Tubaab ». Pour eux, un ressortissant de « payeen » est un « Pay » et non pas un « Fay ».

QUE REPRÉSENTE JANDEER POUR LES LEBU ?

Cette question mérite une réponse claire pour comprendre plus tard la composition de ce qui va devenir la région du « Cap-Vert », aujourd’hui région de Dakar. Jandeer se trouve derrière l’actuelle ville de Thiès, lorsqu’on vient du cœur de Kajoor.

Entre cette terre et l’actuel village de Yoff, c’était la brousse qu’il fallait débroussailler.

En effet, nous sommes au début du 15ème siècle, le Sénégal de l’époque était divisé en pays ; chacun,

son chef d’Etat à savoir :

– Le Waalo, par les Baraak ;

– Le Jolof, par les Buur-ba ;

– Le Saalum, par les Buur-saalum ;

– Le Siin, par les Buur-siin ;

– Le Bawal, par les Teeñ ;

– Le Kajoor, par les Dammeel ;

– La Casamance, par les Mansaa ;

– Le Fuuta, par les Almaami, etc…

Les Lebu qui n’ont pas de royaume, mais qui n’en veulent pas non plus, demandent aux Dammeel du Kajoor une terre neuve, où ils n’existent pas la notion de « dominants-dominés », qui était leur philosophie politique depuis le Jolof déjà.

Ainsi, les 6 familles venant de Jolof, les 3 venant du Njaambur et les 7 familles seereer alors trouvées dans le Kajoor, se sont rassemblées, en invitant toutes de différentes autres familles voulant vivre sur une terre sans maître, où les habitants choisissent eux-mêmes leurs PROPRES chefs. Cet appel ne manquera pas de répondants, puisque de tous les côtés viendront, des familles pour adhérer à cette philosophie politique :

– Les Jaañ, Ndiir, Fall et Wadd, vont venir du Waalo ;

– Les Sisse, Ture, Bajaan, vont venir de la Casamance ;

– Les Jool, Jallo, Kan et Sow, vont venir du Fuuta ;

– Les Cuun, Caw, Silla, vont venir du Bawal.

En un mot, c’est un rassemblement d’une trentaine de familles, venant de toutes les régions et de toutes les ethnies. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, on ne dit pas ethnie Lebu, mais collectivité ou communauté Lebu.

Cette collectivité s’est divisée en deux grands groupes, que sont les « Yuur » qui fondèrent tous les villages entre Sali et Ndakaaru (Dakar²)3.

Ensuite, les « Bééñ » qui fondèrent entre Jandeer et Dakar.

Une fois arrivés à Dakar, les Sumbjun fondèrent sur la côte occidentale, les villages de Yoof, Ngor et

Waa-Kaam.

Les 12 « penc » eux, naîtront bien plus tard, après l’installation de tout le monde.

Donc, de Jandeer à Dakar, on dénombre 95 villages, partant de Sali à gauche jusqu’à Dakar et de Tayba

Njaay jusqu’à Dakar aussi, à droite.

3 On vous a déjà dit que le premier Dakar, en tant que village se trouvait à l’actuelle ville de Tivaouane.

L’ORGANISATION SOCIO–POLITIQUE DES LEBU

Les Lebu avaient l’habitude d’installer dans chaque village son Jal (chef) et ses subordonnées : Jaraaf, Ndeyji-reew, Laman, etc…

Mais, ils ont vite remarqué que cela risquait d’être mis à l’épreuve, c’est ainsi qu’ils ont créé une

« République » fédérative avec des votes et la PARTICIPATION de tout le monde dans les tâches politiques. Au début, cela concernait uniquement les 12 « penc » de Dakar, mais plus tard, ils l’ont élargie dans l’ensemble du groupe Lebu. Ce qui est devenu le « Lebu gi ».

COMMENT EST CONSTITUÉ CE GOUVERNEMENT ?

Une fois que le Seriñ4 est nommé « Jal » (Président), il est SUIVIpar 7 ministres dont deux sont élus par lui-même. Ces ministres sont les suivants :

1) Le Nday-ji reew = Ministre de l’intérieur ;

2) Le Nday-ji jambur = Ministre des affaires étrangères ;

3) Le Jaraaf = Ministre de l’agriculture et des finances ;

4) Le Saltigé = Ministre de la sécurité intérieure et extérieure ;

5) Le Xaali = Ministre de la justice ;

6) L’Imaam = Ministre des affaires religieuses ;

7) Le Nday-ji faré = Président de l’assemblée nationale.

Il y a 3 autres assemblées, que sont :

1) Assemblée des Jambur (SENA) ;

2) Assemblée des Faré, qui regroupe les jeunes ;

3) Assemblée des Kilifë, qui étaient au nombre de 7, afin qu’il y ait forcément un GAGNANT en cas de vote.

Ce gouvernement a tenu tête pendant longtemps aux français qui, de 1848 jusqu’en 1913, représentaient les sénégalais à la députation en France. Tous nos députés étaient des blancs ou des métisses.

En voyant cette façon démocratique qui a bien fonctionnée bien avant l’arrivée des blancs, Blaise

Diagne, en tant que Lebu l’a pris en main, pour en faire son PROGRAMME politique.

Il va battre campagne pour la députation et va l’emporter, grâce à ses frères Lebu et la communauté mouride, le 10 mai 1914.

C’est ce même Blaise Diagne qui a formé politiquement L.S. Senghor qui va devenir le Premier

Président de la République du Sénégal. Nous voyons donc comment le fait d’avoir confiance en soi « Gëm sa bopp » a une importance capitale…

En 1919, Blaise Diagne va organiser une grande conférence à Paris sur le Pan-noire5, rassemblant

Noirs africains, Américains et Antillais. C’est là que naîtront les grandes idées qui pousseront les Africains à demander leur autonomie et plus tard l’indépendance.

4 Le premier chef était le « Seriñ », qui avait la fonction de diriger le peuple selon l’esprit religieux. Mais c’est Taymur Diop qui a cumulé les 2 (Jal et Seriñ).

5 C’était la première conférence panafricaine, mais je l’ai appelée « Pan-noire » à cause du fait qu’elle rassemblait Amérains, Antillais et Africaines.

Bibliographie

o ANGRAND (Armand) : « Les lébous de la presqu’île du Cap-Vert, Dakar, « Gensul », 1946

o BALANDIER (Georges), MERCIER (Paul) : « Particularisme et évolution, les pêcheurs lébous » études sénégalaises n°3, IFAN DK, 1955

o BOILA (David) : « Esquisses sénégalaises », « Karthala », Paris, 1984

o CISSE (Babacar) : « La société Lebu dans sa profondeur (sociale, culturelle, économique et politique)

Thèse de doctorat « NOUVEAU régime », Paris, 1992-1993
o DIOP (Cheikh Anta) : « L’Afrique noire précoloniale », Réed. Présence africaine, Paris, 1987

o SARR (El Hadji Malick) : « Les Lébous parlent d’eux-mêmes », NEA, Dakar, 1980

o SYLLA (Assane) : « Le peuple Lebou de la presqu’île du Cap-Vert », NEA, Dakar, 1992

o THIAM (Mbaye) : « L’histoire des Lébous de la presqu’île du Cap-Vert », Dakar, Septembre, 1970.

Babacar CISSE

Docteur en Anthropologie et Sociologie du Politique, diplômé en Relations Internationales

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