Le puissant baron de la drogue Nemesio Oseguera, alias El Mencho, chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a été tué dimanche lors d’une opération militaire, a annoncé l’armée mexicaine.
Tué à l’âge de 59 ans, « El Mencho » était considéré comme le dernier des grands parrains depuis l’arrestation des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán « El Chapo » et Ismael « Mayo » Zambada, incarcérés aux États-Unis. Nemesio Oseguera était l’un des barons de la drogue les plus recherchés par le Mexique et les Etats-Unis, qui offraient jusqu’à 15 millions de dollars pour sa capture.
« El Mencho » a été blessé lors d’une opération menée dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco (ouest), et il est mort « pendant son transfert par voie aérienne vers la ville de Mexico », a détaillé l’armée dans un communiqué.
L’armée a ajouté que, pour mener à bien cette opération, « outre le travail des services de renseignement militaire centraux », des « informations complémentaires » avaient été obtenues auprès des autorités américaines.
Au total, sept criminels ont été tués et trois soldats blessés. Deux membres du CJNG ont été arrêtés et diverses armes ont été saisies, notamment des lance-roquettes capables d’abattre des avions et de détruire des véhicules blindés, selon la même source.
– « une grande victoire » –
Les États-Unis ont salué l’opération. « J’ai appris que les forces de sécurité mexicaines ont abattu +El Mencho+, l’un des narcotrafiquants les plus sanguinaires », a dit Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, sur la chaîne X Network.
« C’est une grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier », a-t-il ajouté. « Il y a plus de gens bien que de gens malfaisants. Félicitations aux forces de l’ordre du Mexique ».
Le CJNG, qu’Oseguera avait formé en 2009, a été qualifiée en 2025 d’organisation terroriste par les Etats-Unis, qui l’accusent de trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl.
Plus tôt dimanche, des hommes armés avaient bloqué avec des voitures et des camions incendiés plusieurs axes routiers de l’État de Jalisco, en réaction à une opération des forces fédérales dans la région.
Ces actions sont généralement utilisées pour entraver les opérations des autorités quand elles visent une cible de grande valeur du trafic de drogue.
Les blocages se sont également étendus à l’État voisin du Michoacán, où le groupe d’Oseguera est présent.
Les autorités locales ont recommandé à la population de ne pas sortir de chez elle.
Le CJNG est l’un des cartels les plus violents au Mexique, selon le département d’Etat qui le décrit comme un cartel « transnational, présent dans presque tout le Mexique », qui pratique l’extorsion, le trafic de migrants, vole du pétrole et des minerais, et commerce des armes.
Interrogée par l’AFP, José Reveles, écrivain spécialiste du narcotrafic, décrit « El Mencho » comme un homme à la « nature violente », qui n’a pas craint de se confronter frontalement aux autorités, quand d’autres cartels sont davantage sur la défensive.
Ainsi, le 20 juin 2020, il avait lancé une attaque sans précédent contre l’actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique, Omar García Harfuch, alors chef de la police de la capitale, qui a été blessé. Trois personnes sont mortes, dont deux gardes du corps.
Pendant longtemps, « El Mencho » n’a pas réussi à rivaliser avec les cartels qui contrôlaient la frontière avec les États-Unis. Il s’est alors tourné vers d’autres marchés. « L’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie étaient moins disputées par les Mexicains, et là-bas la drogue se paie plus cher », explique M. Reveles.
Oseguera « faisait très attention à ne pas s’exposer publiquement, on sait peu de choses sur sa vie », observe M. Reveles.
Sur l’avis de recherche du département d’État, il apparaît avec un visage anguleux, les cheveux impeccablement peignés et une fine moustache, tandis que sur une fiche de l’agence antidrogue américaine (DEA) de 1989, on le voit avec les cheveux frisés et des traits plus grossiers.
Les violences liées aux cartels ont fait plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus depuis 2006 au Mexique, selon les chiffres officiels.
El Mencho était la priorité des autorités mexicaines et américaines dans leur lutte antidrogue, depuis les arrestations des chefs du cartel de Sinaloa, Joaquín « El Chapo » Guzmán et Ismael « El Mayo » Zambada. La DEA, l’agence américaine de lutte contre le trafic de drogue, offrait une récompense allant jusqu’à 15 millions de dollars pour sa capture.
Nemesio Oseguera Cervantes est né dans une famille pauvre de l’État de Michoacán au Mexique en 1966. Il travaille un temps dans les plantations d’avocats, activité exercée par son entourage, avant de commencer sa carrière criminelle en surveillant des champs de pavots et de cannabis pour les cartels dans son adolescence.
C’est en partant aux États-Unis, à San Francisco, qu’il s’implique dans le trafic de drogue avec son frère, notamment d’héroïne, dans les années 1980. Il se fera d’ailleurs arrêter plusieurs fois avant d’être incarcéré pour trois ans dans le Texas. Après avoir purgé sa peine, il sera expulsé au Mexique, où il deviendra… policier dans l’État de Jalisco.
Il délaisse ensuite les forces de l’ordre pour retourner au trafic de drogue, intégrant le Cartel Milenio au sein d’un escadron d’assassins. Il se marie avec Rosalinda González Valencia, l’une des sœurs d’un chef du cartel, permettant ainsi de renforcer sa position au sein de l’organisation.
Dans les années 2000, après l’arrestation du chef du cartel Milenio de l’époque, Armando Valencia Cornelio, et l’arrivée d’un autre cartel concurrent, Los Zetas, le cartel Milenio s’allie alors avec le cartel de Sinaloa pour qui il produit de la méthamphétamine et est un bras armé dans les États de Colima et Jalisco.
D’un petit groupe armé à un cartel transnational
Après l’arrestation du chef du cartel del Milenio, Oscar Nava Valencia, en 2009, le cartel del Milenio explose en plusieurs entités, dont le cartel Jalisco Nouvelle Génération d’abord appelé Los Mata Zetas. Dirigée par El Mencho, la bande criminelle commence par être le bras armé du cartel de Sinaloa dans sa guerre contre les Zetas. L’organisation cartel Jalisco Nouvelle Génération consolide dans les années 2010 son assise dans l’État de Jalisco puis les États alentours.
En août 2012, El Mencho avait déjà été arrêté avant d’être relâché plusieurs heures plus tard à la suite d’un ordre de l’ancien gouverneur de l’État de Jalisco, selon une enquête du journal mexicain El Universal. Les forces de son cartel avaient alors mis en place près de 28 blocus dans la zone de Guadalajara pour intimider les autorités. Le CJNG et El Mencho rompent finalement en février 2013 leur alliance avec le cartel de Sinaloa, qui deviendra au fil des années leur principal concurrent.
Sous son contrôle, le cartel Jalisco Nouvelle Génération était connu pour ses opérations violentes, mais aussi pour son armement sophistiqué s’approchant des capacités d’une armée conventionnelle. En juin 2020, le cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG) est accusé de s’être attaqué à l’actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique, Omar García Harfuch, alors chef de la police de la capitale, qui a été blessé. Un mois plus tard, le cartel continuait dans ses démonstrations de force en diffusant une vidéo où l’on voit une centaine d’hommes en tenue militaire avec des armes automatiques et des véhicules blindés lançant des cris d’allégeance à El Mencho.
Une discrétion prudente et des hommages exubérants
Ces dernières années, le CJNG s’est imposé comme un des plus grands cartels au Mexique opérant dans quasiment tous les États du pays, ainsi qu’en Europe, en Australie et en Asie. El Mencho a notamment pu profiter de la guerre intestine au sein du cartel de Sinaloa depuis la capture d’El Mayo pour grapiller des territoires à ces derniers.
Comme l’ancien dirigeant du cartel de Sinaloa, Ismael « El Mayo » Zambada, Nemesio Oseguera évitait de s’exposer publiquement et peu de photos circulaient de lui. Pourtant celui qui était aussi surnommé « El Señor de los Gallos » bénéficiait d’une aura particulière. Au point que certains artistes lui rendaient hommage publiquement, comme le groupe de musique Los Alegres del Barranco qui avait affiché sur scène le 31 mars 2025 un portrait géant de El Mencho. Dans la localité de Tinaja de Vargas, des festivités El Mencho Fest avaient été organisées en janvier 2025.
Plusieurs rumeurs l’avaient déjà annoncé mort ces dernières années, car El Mencho aurait souffert d’insuffisance rénale.









