Ethiopie : l’inquiétante escalade du conflit au Tigré

Un an de guerre, et l’espoir d’un apaisement des violences qui s’éloigne. En Ethiopie le conflit meurtrier opposant des rebelles originaires de la région du Tigré, dans le nord du pays, au pouvoir central d’Addis-Abeba, la capitale, s’aggrave. Le gouvernement fédéral est menacé : son Premier ministre, Abiy Ahmed, a décrété mardi un état d’urgence suspendant toutes les libertés face à l’avancée des rebelles qui se rapproche chaque jour un peu plus de la capitale. Le pouvoir a été donné à l’armée.

Dernier épisode de cette dangereuse escalade, ce samedi : Washington a ordonné le départ de son personnel diplomatique non essentiel en Éthiopie. Un départ justifié « en raison du conflit armé, de troubles civils et de possibles pénuries », a précisé le Département d’État dans un communiqué. Trois questions pour comprendre ce qu’il se passe dans cette région de la corne de l’Afrique.

  • Quelles sont les forces en présence ?

Le gouvernement fédéral, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, affronte depuis un an un mouvement de rébellion dans le nord du pays, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF). Vendredi, huit autres groupes rebelles, dont l’Armée de libération oromo (OLA) ont annoncé la formation d’une coalition contre le gouvernement central. « Notre intention est de renverser le régime », a déclaré Berhane Gebre-Christos, représentant du TPLF lors de la signature de l’alliance, baptisée Front uni des forces fédéralistes et confédéralistes éthiopiennes.

Chassés du pouvoir en 2018, les autonomistes du Tigré expriment depuis leur envie de renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed. En juin, ils se sont emparés de larges parties du territoire. Ils contrôlent aujourd’hui certaines des régions d’Amhara et d’Afar, poussant les civils à fuir par milliers. L’armée fédérale, soutenue par l’Érythrée voisine, est en déroute.

  • La capitale Addis-Abeba peut-elle tomber ?

Fin octobre, les forces tigréennes ont déclaré avoir pris le contrôle des villes stratégiques de Dessie et de Kombolcha, ce qui leur ouvre une route stratégique menant à Addis-Abeba. Des avancées laissant craindre une prise en main totale de la capitale par les rebelles. Signe de la fébrilité du gouvernement d’Addis-Abeba, les autorités ont décrété, mardi, l’instauration de l’état d’urgence. Les rebelles ont affirmé mercredi avoir atteint la localité de Kemissie, à 325 kilomètres au nord de la capitale. Ils n’excluent pas de marcher dans les semaines voire les jours à venir sur Addis-Abeba.

« Il y a des sacrifices à faire, mais ces sacrifices sauveront l’Éthiopie », a déclaré ce samedi le Premier ministre et prix Nobel de la paix en 2019 Abiy Ahmed. Pour l’heure, le gouvernement dément toute menace imminente. Les capitales étrangères, elles, à l’image de l’Arabie saoudite, de la Norvège, de la Suède ou du Danemark ont pourtant appelé leurs ressortissants à quitter le pays.

Les analystes sont également pessimistes. « Une nouvelle guerre menacerait l’autorité du gouvernement fédéral, voire l’intégrité et la stabilité de l’État éthiopien, relevait l’International Crisis Group, dans une note publiée fin octobre. Son effondrement aurait des conséquences désastreuses non seulement pour une grande partie des 110 millions d’habitants de l’Éthiopie, mais aussi pour les autres pays de la Corne de l’Afrique, qui sont tous limitrophes du pays. »

  • Comment réagit la communauté internationale ?

Le Conseil de sécurité de l’ONU, exprimant sa « profonde inquiétude » sur l’évolution du conflit, a appelé vendredi à un cessez-le-feu « durable. » Un appel à un « dialogue national éthiopien inclusif pour résoudre la crise » a également été lancé. Mercredi, l’agence onusienne a publié un rapport sur de possibles crimes de guerre. Assassinats, tortures, violences sexuelles… Le conflit au Tigré a été marqué par une « extrême brutalité », a affirmé Michelle Bachelet, Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

La veille de la publication de ce rapport, le secrétaire général de l’ONU, avait réitéré son appel à « une cessation immédiate des hostilités et un accès humanitaire sans entrave afin de fournir une aide vitale urgente », selon son porte-parole. Les menaces sur la stabilité de la région inquiètent la communauté internationale, qui s’active ses derniers jours pour tenter de trouver une solution au conflit.

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