Real Madrid: L’heure est grave pour le triple champion d’Europe

Madrid a toujours eu le sens des larmes et de la sueur. C’est ce que son histoire raconte et cette ville n’a jamais eu le même goût pour le football que les autres. Regardez ces femmes, ces hommes, crier, siffler dans leurs doigts, faire de grands gestes, sortir des mouchoirs : ici, tout est plus compliqué, nous voilà au Bernabéu, théâtre où se joue depuis quelques mois une nouvelle crise ouverte.
Dimanche, la représentation a une nouvelle fois tourné à la catastrophe et le Real a été battu pour la sixième fois de la saison en Liga, soit déjà autant de défaites que sur l’ensemble du dernier exercice, bouclé à une anecdotique troisième place. Par qui ? La Real Sociedad, arrivée à Madrid avec une étiquette de quinzième du championnat scotchée sur le front, assise sur une série de quatre défaites consécutives, bloquée à trois points de la zone rouge et qui venait tout juste de changer d’entraîneur, Imanol venant remplacer Asier Garitano pendant les fêtes. Une victoire au Bernabéu, la Real n’avait plus connu ça depuis le 23 mai 2004 (1-4). Ce jour-là, Santiago Solari était titulaire. Cette fois, il était sur le banc, cravate dénouée, gueule marquée : entraîner est à ce prix, il lui faut payer pour les autres. Dès lundi matin, la presse espagnole lui a rappelé : « Solari, tu entraînes le Real Madrid ! »

La Real Sociedad enflamme le Bernabéu

L’estimation des nuls

Soit un club où la défaite est un accident et où un match nul ne peut être regardé comme une bonne performance, là où Solari expliquait jeudi dernier, à Villarreal (2-2), qu’il ne fallait pas « sous-estimer les matchs nuls » . Une erreur qui a enfermé l’ancien international argentin, dont l’avenir est déjà remis en question, lui qui se retrouve à la place de tout entraîneur de foot : seul contre le reste du monde. À vingt journées de la fin, le Real est largué à dix points du Barça et est, en matière de points, plus proche de Valladolid (15e) que de son vieux rival. Résultat ? Dimanche, le Bernabéu n’a vu que quelque 53 412 personnes débarquer – troisième plus mauvaise affluence de la saison – et la majorité du public, Gareth Bale compris, s’était déjà tirée lorsque Rubén Pardo est venu abattre définitivement le scénario d’un coup de tête puissant. Tout ça leur est impossible à vivre, Solari a beau se défendre, expliquant que ceux qui voyaient la Real Sociedad comme un simple Apéricube à déballer n’avait « jamais joué au foot » , c’est une autre histoire qui se joue en ce moment à Madrid : celle d’un groupe en fin de cycle, qui n’arrive plus à rassembler autour de lui et qui peine à se réinventer des repères.

« Ce n’est pas une question de chance »

Après la défaite du week-end (0-2), la deuxième de la saison à domicile en Liga (la troisième toutes compétitions confondues, N.D.L.R.), Luka Modrić a confirmé la chose : « Beaucoup d’entre nous ne sont pas à leur niveau. Ce n’est pas une question de chance. Nous nous procurons beaucoup d’occasions, mais nous marquons peu, il y a des raisons qui expliquent que tout ne se passe pas bien. (…) La VAR ? Oui, elle ne nous a pas aidés, mais ce n’est pas elle notre problème. » Ce à quoi Sergio Ramos a répondu, glissant dans un couloir du Bernabéu pour couvrir l’institution : « Ce n’est pas le moment pour pointer quelqu’un du doigt. (…) On a encore gagné un titre il y a deux semaines. Si j’avais le sentiment de ne plus pouvoir gagner, je resterais avec mes enfants, à la maison. » Le problème, pourtant, est profond, et le match contre la Real est un parfait symbole de l’après-Zidane : de la possession souvent stérile, un grand nombre d’occasions (28 tirs dimanche, huit cadrés), un nombre de duels gagnés trop faible (onze sur vingt-quatre) et surtout un taux de réussite sur les centres, grande force du Real sous Zidane, assez terrible (11/34 dimanche). Au milieu, c’est surtout un ensemble collectif qui semble fragile comme rarement, notamment défensivement, là où l’animation offensive ne s’est jamais mise en route ce week-end malgré les efforts du jeune Vinícius Juníor, titulaire pour la première fois de sa vie en Liga à la suite des nombreuses absences (Bale, Asensio, Mariano). Le Brésilien aura été la seule éclaircie du jour, le gosse tentant une douzaine de dribbles (six réussis) – soit plus que n’importe quel joueur du Real sur un match cette saison – et devant normalement récupérer un penalty à la suite d’une faute, non sifflée, de Rulli.

L’occasion ratée

Sauf que le Real Madrid n’a pas marqué et a surtout encaissé le penalty le plus rapide de son histoire au Bernabéu, Willian José venant abattre Courtois à la suite d’une faute précoce de Casemiro après seulement trois minutes de jeu. Derrière, le match s’est ouvert de tous les côtés, la VAR n’a jamais été utilisée (ce qui est étrange) – il aurait également pu être utilisé pour une autre faute sur Ramos – et on a rapidement retrouvé le Real accroché à Villarreal, celui qui avait chuté lourdement à Eibar (3-0) fin novembre et qui ne s’allume plus que par intermittence. Alors oui, sous Solari, les résultats bruts se sont améliorés (2 points par match, contre 1,4 sous Lopetegui), mais pas le contenu, le triple champion d’Europe en titre ne réussissant pas à retrouver de la flexibilité comme sous Zidane et voyant le niveau de son bloc médian (Modrić, Kroos, Casemiro) s’effriter au fil des semaines. Pire, l’Europe n’est même plus une vraie respiration, car si le Real a livré son meilleur match de l’année en Ligue des champions, face à la Roma en septembre, il a aussi chuté au Bernabéu face au CSKA (0-3). Et c’est une pile de problèmes qui se présente alors que le club madrilène avait l’occasion de rattraper une partie de son retard dans un week-end où seul deux membres du top 7 ont gagné (le Barça et Alavés) : un banc pas assez profond, des individualités inquiétantes (Lucas Vázquez, Casemiro, Marcelo), le cas d’Isco, dont l’entrée face à la Real Sociedad a été assez terrible, les incohérences de l’animation… Un penalty non sifflé, ou deux, ne peut masquer tous ces problèmes. Aujourd’hui, le Real est dans le dur et son déplacement à Séville, dimanche prochain, pour affronter le Bétis, aura un coût certain. Et définitif pour Solari ? Pas impossible.

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