Nouvelle monnaie africaine: les questions autour de l’ECO pour remplacer le CFA 

Les dirigeants de huit pays d’Afrique de l’Ouest se sont réunis  vendredi 12 juillet à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pour discuter de l’abandon de leur monnaie, le franc CFA, pour l’  » ECO « , une nouvelle monnaie visée par les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), composée de 15 membres, qui sera lancé l’année prochaine.

Qu’est-ce que le franc CFA?

Créé par la France en 1945, le franc « CFA » a été indexé sur le franc français et est actuellement soutenu par l’euro. CFA représentait initialement « Colonies françaises d’Afrique », puis « Communauté française d’Afrique ».

Quels pays utilisent actuellement le franc CFA?

Il est utilisé dans deux zones monétaires, l’une en Afrique de l’Ouest et l’autre en Afrique centrale. Le franc CFA d’Afrique de l’Ouest est utilisé par le  Bénin, le  Burkina Faso, la  Côte d’Ivoire, la  Guinée-Bissau, le  Mali, le Niger, le  Sénégal  et le  Togo. Le franc CFA d’Afrique centrale est utilisé par le  Cameroun, la  République centrafricaine, la République du Congo, le  Gabon, la  Guinée équatoriale et le Tchad.

Bien que les deux monnaies soient techniquement séparées, elles ont essentiellement une parité et sont interchangeables. Un euro (0,89 dollar) permet d’acheter environ 656 francs CFA d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique centrale.

Pourquoi abandonner le franc CFA?

Certains critiques considèrent la monnaie comme un outil de l’ère coloniale qui continue d’empiéter sur la souveraineté des États africains. L’année dernière, sept artistes de 10 pays ont publié la chanson  « 7 minutes contre le franc CFA » dans le but de susciter un soutien populaire pour le dumping de la monnaie.

Comment cela empiète-t-il sur la souveraineté?

Le franc CFA limite la souveraineté monétaire. La France garantit la valeur du franc CFA et, en retour, les pays qui l’utilisent sont tenus de conserver 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français.

Puisque le taux de change entre le franc CFA et l’euro est fixé, les banques centrales des deux zones de franc CFA doivent suivre les politiques monétaires de la Banque centrale européenne (BCE) afin de maintenir la cheville. En termes simples, la BCE fixe effectivement les taux d’intérêt pour les pays qui utilisent le franc CFA.

Y a-t-il un avantage à garder le franc CFA?

Parce que le franc CFA est fortement lié à l’euro, ses partisans estiment qu’il offre une stabilité aux pays qui l’utilisent et qu’il contribue à créer des opportunités de croissance économique.

Quels sont les inconvénients de le garder?

Les critiques disent que parce que le franc CFA est lié à l’euro, ce qui est relativement fort, les biens produits par les pays en francs CFA sont moins compétitifs que les biens produits par les pays dont la monnaie est moins chère.

Quel avantage y a-t-il à remplacer le franc CFA par l’ECO?

Les partisans de l’ECO affirment que cela contribuera à stimuler les échanges, à réduire les coûts de transaction et à faciliter les paiements dans les 15 pays membres de la CEDEAO, qui se chevauchent largement, mais pas entièrement, avec la zone franc CFA d’Afrique de l’Ouest.

L’ECO pourrait-il être adopté bientôt?

L’introduction d’une monnaie unique pour la CEDEAO a été reportée à plusieurs reprises au fil des ans. La CEDEAO prévoit de lancer l’ECO en 2020, mais il est douteux que les 15 pays du bloc puissent tous satisfaire aux critères d’adoption de la nouvelle monnaie d’ici là. Il est également difficile de savoir si le bloc aura rapidement les structures institutionnelles en place pour gérer une monnaie commune.

La nouvelle monnaie réussira-t-elle?

Certains craignent que le Nigéria, la plus grande économie de la CEDEAO, ne domine l’ECO. On se demande également dans quelle mesure l’ECO stimulerait le commerce. Ken Opalo, professeur adjoint à l’Université de Georgetown, a déclaré à Al Jazeera que, si l’ECO donnait aux États francophones une alternative au franc CFA, « un commerce intérieur insuffisant créerait de graves problèmes pour les autorités monétaires du bloc ».

Des avantages économiques incertains

Pour les touristes, l’adoption d’une monnaie commune est un plus, puisqu’elle permet de voyager dans toute la zone en ne changeant qu’une seule fois. Cela facilite aussi les échanges entre les différents pays.

Pour autant, ce dernier effet pourrait être limité par une zone économique encore très peu intégrées. Les échanges commerciaux intrazone ne sont que de l’ordre de 10%, les travailleurs sont peu mobiles et les infrastructures déficientes. Pour comparaison, la part des exportations des pays de la zone euro en direction de la zone euro était de 67,3 % et la part des importations des pays de la zone euro en provenance de la zone euro s’élevait à 63,4 % selon l’INSEE en 2005.

Toutefois; la mise en place récente d’une zone de libre échange africaine pourrait renverser les tendances et améliorer le taux des échanges entre pays de même zone.

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