« Bilan prénuptial : les examens médicaux à ne pas négliger avant le mariage. »

Au Sénégal, le mariage reste une institution profondément ancrée dans les réalités sociales, culturelles et religieuses. Mais à mesure que les défis sanitaires évoluent, une question s’impose de plus en plus dans le parcours des futurs conjoints : celle du bilan prénuptial. Longtemps relégué au second plan, parfois perçu comme une intrusion dans la sphère intime ou un signe de défiance, il apparaît aujourd’hui comme un outil essentiel de prévention, à la croisée des impératifs médicaux, des responsabilités individuelles et des valeurs religieuses.

Les récents « scandales » de transmissions volontaires de VIH, mis à nu dans le cadre d’un vaste dossier judiciaire impliquant des présumés homosexuels pour la plupart séropositifs, ont relancé le sujet. Des compagnes ou conjoints de prévenus ont été obligés de faire les tests afin de connaître leur sérologie.

Au-delà du VIH et des maladies sexuellement transmissibles, d’autres pathologies comme l’hépatite B et les maladies génétiques ou hérititaires (telle que la drépanocytose) constituent des défis majeurs. Le bilan prénuptial n’est ni une obligation, ni une simple formalité, mais un acte de lucidité utile pour la prévention et avantageux pour le couple et sa future progéniture.

Un outil biomédical complet pour anticiper les risques

« Il ne s’agit pas d’un test, mais d’un ensemble d’examens », insiste d’emblée le Dr Babacar Ndiaye, pharmacien biologiste médical. Le bilan prénuptial repose sur une double approche, clinique et surtout biologique, permettant d’identifier des situations pouvant compromettre la santé des époux ou celle de leurs futurs enfants.

Deux grandes catégories de maladies sont principalement visées, à savoir les maladies infectieuses et les maladies génétiques. Pour les pathologies infectieuses, les examens portent sur le VIH, l’hépatite B et, selon les contextes, l’hépatite C ou encore la syphilis. Ces maladies partagent un mode de transmission par le sang et les fluides biologiques, ce qui les rend préoccupantes pour la vie de couple. Les maladies génétiques, quant à elles, visent principalement à déceler les anomalies héréditaires.

Le défi de l’hépatite B et du VIH

Le cas de l’hépatite B est emblématique. Le Sénégal fait partie des zones de forte endémicité, avec des prévalences estimées autour de 12 %, soit environ une personne sur dix porteuse chronique du virus. Connaître son statut permet de protéger son partenaire par la vaccination et d’anticiper une prise en charge adaptée.

Concernant le VIH, bien que la prévalence nationale reste relativement faible, elle varie selon les régions, avec des taux plus élevés dans le sud du pays. Un dépistage précoce s’avère capital pour prévenir la transmission au sein du couple.

Drépanocytose : une maladie génétique au cœur des préoccupations

Très répandue en Afrique de l’Ouest, la drépanocytose est une pathologie héréditaire qui constitue un enjeu majeur de santé publique. Elle est liée à une anomalie de l’hémoglobine, la protéine chargée de transporter l’oxygène dans le sang, où l’hémoglobine normale (A) est remplacée par une forme anormale (S).

Sa transmission obéit à un mode autosomique récessif. Si deux parents sont porteurs du gène AS, le couple a 25 % de risque d’avoir un enfant atteint de la forme sévère (SS), 50 % de probabilité d’avoir un enfant porteur sain (AS) et 25 % d’avoir un enfant indemne (AA). À l’inverse, si un parent est AA et l’autre AS, le couple ne pourra pas avoir d’enfant atteint de la forme grave (SS).

Le Dr Ndiaye précise toutefois que le risque génétique ne constitue pas une contre-indication formelle au mariage. Le bilan prénuptial sert à évaluer les risques et à recourir à un conseil génétique, même si les techniques avancées de procréation médicalement assistée comme la sélection d’embryons exempts de l’anomalie restent encore peu accessibles au Sénégal.

VIH : dépister pour prévenir et accompagner

Le Dr Fatima Ly, infectiologue et spécialiste de santé publique, met en avant le rôle central du dépistage prénuptial du VIH. Au Sénégal, ce dépistage présente de nombreux atouts car il est gratuit, anonyme et accessible dans toutes les structures de santé et au niveau communautaire. De plus, les résultats sont disponibles en 15 minutes, par prise de sang ou via des tests oraux, et s’accompagnent d’un counseling prétest de couple pour informer sur les modes de transmission et les traitements.

Gestion des résultats et progrès médicaux

Trois types de résultats sont possibles : négatif, positif ou indéterminé. En cas de positivité, un accompagnement est immédiatement proposé. Grâce aux traitements antirétroviraux initiés précocement, la charge virale peut devenir indétectable en six mois. Une personne ayant une charge virale indétectable ne transmet plus le virus, ce qui permet aux couples sérodiscordants de mener une vie sexuelle et reproductive normale.

De plus, de grands progrès ont été réalisés concernant la transmission mère-enfant. Le dépistage du VIH et de l’hépatite B est intégré aux consultations prénatales au Sénégal. Sous traitement antirétroviral durant la grossesse et avec une prophylaxie adaptée à la naissance, le risque de transmission est considérablement réduit. La maman peut ne pas transmettre le VIH à son enfant et celui-ci peut prendre le sein sans risque, comme le souligne le Dr Ly.

Une pratique recommandée mais non obligatoire

Le bilan prénuptial n’est pas obligatoire au Sénégal. Il s’agit d’une démarche volontaire fortement recommandée, qualifiée par les professionnels de « sens élevé de responsabilité ». Bien que la pratique soit encore peu ancrée culturellement, les professionnels constatent une évolution positive des mentalités et reçoivent de plus en plus de couples en consultation.

Regard religieux : entre prévention, morale et liberté

Les autorités religieuses sénégalaises ne s’opposent pas au bilan prénuptial, bien au contraire.

Pour la position islamique, l’imam Ahmadou Mactar Kanté explique que, même sans texte explicite dans le Coran ou les hadiths, le droit islamique permet de recommander cette pratique. Cacher une maladie grave avant le mariage est conçu comme une tromperie, une mise en danger d’autrui et une faute morale pouvant remettre en cause le consentement au mariage. Cependant, l’islam n’impose pas de renoncer à l’union sur la base de probabilités médicales, la décision finale appartenant entièrement aux futurs conjoints.

Pour la position de l’Église catholique, l’abbé Alphonse Diogoye Diouf rappelle que le bilan prénuptial est fortement encouragé comme un acte de vérité et de responsabilité pour cultiver une paternité et une maternité responsables. Sauf cas exceptionnels, aucune maladie ne constitue un empêchement automatique au mariage, l’Église insistant avant tout sur la dignité humaine, la confidentialité des résultats et l’accompagnement des couples.

Entre amour, foi et l’utilité d’un choix éclairé

Le bilan prénuptial s’inscrit dans une pure logique de prévention. Loin de vouloir stigmatiser ou dissuader, il vise à informer pour permettre aux futurs époux de bâtir leur foyer en toute connaissance de cause. Le défi majeur reste désormais l’appropriation sociale de cette démarche en déconstruisant les tabous, en sensibilisant à grande échelle et en facilitant l’accès aux tests afin que cette étape devienne naturelle dans la préparation au mariage. Car au fond, aimer, c’est aussi protéger.

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