La CEDEAO est-elle « responsable » de la situation au Burkina Faso ?

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’est pas étrangère aux troubles qui secouent actuellement le Burkina Faso et d’autres parties de la région du Sahel depuis quelques mois. C’est du moins l’avis exprimé par le directeur exécutif du Centre africain pour la sécurité et la lutte contre le terrorisme dans un entretien avec Africanews.

Emmanuel Kotin estime que le fonctionnement de la CEDEAO souffre de problèmes systémiques.« Elle doit revoir son rôle au sein de ces pays. Elle doit s’engager davantage, dialoguer davantage et renforcer leurs institutions de gouvernance et de sécurité. Ils ne doivent pas seulement agir lorsque des situations de cette nature se produisent, car elles ne sortent pas du néant ».

Lundi 24 janvier, les soldats du Burkina Faso ont annoncé à la télévision d’État qu’ils avaient pris le pouvoir à la suite d’une mutinerie. Le président Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté et détenu à la caserne de Sangoulé Lamizana, ainsi que le chef du Parlement et des ministres, selon des sources sécuritaires.

Sanctions inefficaces

Sur le compte Twitter du président Kaboré, un message posté lundi appelle « ceux qui ont pris les armes à les déposer dans l’intérêt supérieur de la Nation ». Avant ce coup d’État au Burkina Faso, il y a eu des coups d’État réussis au Tchad, au Mali, en Guinée et des prises de pouvoir militaires ratées au Niger et au Soudan.

« Si l’on n’y prend garde, l’Afrique de l’Ouest risque de subir un tsunami de coups d’État. La CEDEAO et l’Union Africaine essaient d’imposer des sanctions inefficaces, alors qu’ils doivent s’engager davantage avec le gouvernement et écouter les préoccupations de la population », avance Emmanuel Kotin.

Mission Barkhane

Une étude réalisée par les chercheurs américains Jonathan Powell et Clayton Thyne a recensé plus de 200 tentatives de ce type en Afrique depuis la fin des années 1950. Environ la moitié d’entre elles ont été couronnées de succès. Les troubles actuels surviennent au moment où les soldats français sont en mission au Burkina Faso, où quatre soldats français ont été blessés dans l’explosion d’un engin explosif improvisé dans le nord du pays.

En juin 2021, le président français Emmanuel Macron a annoncé une réduction importante de la mission Barkhane pour se recentrer sur les opérations antiterroristes et le soutien aux forces locales. Certains observateurs affirment que le retrait du G15 a également créé une plateforme pour la situation actuelle, notamment au Mali, au Niger et maintenant du Burkina Faso.

Attaques djihadistes

« Il devrait y avoir un plan stratégique. Si les occupations étrangères veulent vraiment aider les forces locales à combattre ces terroristes, la meilleure façon de procéder serait de consolider les forces de sécurité locales. En les formant et en leur donnant les outils pour dispenser la formation », soutient Emmanuel Kotin.

Le Burkina Faso est aux prises avec des attaques djihadistes depuis 2015, lorsque des militants liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique ont commencé à organiser des raids transfrontaliers depuis le Mali. Plus de 2 000 personnes ont trouvé la mort, selon un bilan établi par l’AFP.

Les cas récents au Sahel ne sont que quelques-uns des nombreux coups d’État sur le continent qui en compte le plus. La Sierra Leone a connu trois coups d’État entre 1967 et 1968, et un autre en 1971. Entre 1992 et 1997, elle a connu cinq autres tentatives de coup d’État.

L’histoire du Burundi a été marquée par 11 coups d’État, principalement motivés par les tensions entre les communautés Hutu et Tutsie. Le Ghana a également eu sa part de coups d’État militaires, avec huit en deux décennies. Le premier a eu lieu en 1966, lorsque Kwame Nkrumah a été écarté du pouvoir, et l’année suivante, des officiers subalternes de l’armée ont tenté en vain de prendre le pouvoir.

Mais ces prises de pouvoir militaires donnent-elles toujours les résultats escomptés ? « La prise de pouvoir par les militaires ne va pas résoudre les véritables moteurs du conflit. Le chômage, le manque d’engagement des jeunes envers leur citoyenneté et l’absence de sécurité pour le Burkinabé ordinaire », avance Emmanuel Kotin.

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