Technologie: quand le téléphone dégrade la sociabilité

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Des sorties entre amis, il y en a toujours. Une fois à table avec ceux ci, la conversation bat souvent son plein et l’ambiance est conviviale, mais on ne peut malheureusement pas s’empêcher de jeter, de temps en temps, des coups d’œil sur son téléphone placé juste devant soi. Ce phénomène est appelé le « phubbing ». Le phubbing, mot-valise anglais formé à partir de phone (« téléphone ») et de snubbing (« snober, repousser ») et qui peut se traduire littéralement par « télésnober », est l’acte d’ignorer des personnes physiquement présentes en consultant son téléphone plutôt que de communiquer avec elles.

Surveiller nos réseaux sociaux ou envoyer des SMS alors que des personnes présentes en chair et en os comptent sur notre attention, n’est pas l’attitude la plus respectueuse qui soit. Il suffit juste d’être de l’autre côté de la barrière ou de l’autre table pour mieux le remarquer. Le fait, loin d’arranger les relations amicales, est une dépendance inédite de son appareil téléphonique. Certains, se désolant de ce phénomène, estiment qu’il est préférable de se regarder en face et de profiter du moment présent à deux ou entre amis physiquement, au lieu de toujours le faire virtuellement avec des gens vivant  parfois à des kilomètres de soi.

« Je suis peut-être un peu susceptible, mais moi j’ai besoin qu’on me regarde quand je parle. Alors qu’on regarde longuement une fille en mini-jupe passer, un bébé qui pleure, le bruit de klaxon d’un zémidjan (conducteur de taxi moto) cherchant de clients ou que l’on soit concentré sur son téléphone pendant que je parle, c’est pareil finalement. Je veux juste qu’on m’accorde l’attention que je mérite. Je me suis déplacée, je suis présente physiquement, donc je devrais être prioritaire ! », a affirmé avec grand intérêt Natalie Assogba, étudiante en année de licence en communication d’entreprise à Cotonou. Si la jeune refuse d’en tenir le smartphone pour unique responsable, force est de reconnaître l’énorme potentiel de ce dernier pour perturber un moment de sociabilité.

L’un des grands responsables de ce phénomène reste et demeure la réception de notifications qui créée la folle envie de toucher son téléphone.

« On choisit de les installer, mais elles nous rappellent sans cesse à l’ordre. Surtout celles en lien avec l’actu, qui font qu’on est au courant de choses parfois trop rapidement et à des moments que l’on n’a pas choisis », explique Michael, jeune start-up béninoise.

La sociabilité en « danger »

Mais il est aussi courant de voir des personnes consulter leur téléphone sans y avoir été incitées. Un simple réflexe ? Plutôt une pulsion pour Roland qui explique que les accros au smartphone « ont besoin de le consulter fréquemment pour se rassurer ». « Ils ont peur de passer à côté d’une information, d’un message ou d’un like. On appelle ça le “FOMO” : Fear Of Missing Out, littéralement “la peur de manquer quelque chose » », explique Mikael.

Pourtant, en restant connectées virtuellement, ce sont les moments de la vie réelle que les personnes adeptes du phubbing risquent de “manquer”. Selon une étude de Deloitte datant de 2017, 65 % des jeunes, en moyenne, déclarent se servir de leur smartphone pendant les repas en famille ou avec des amis. Parmi ces jeunes, les femmes représentent 75%. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les jeunes ne sont pas forcément les premiers. « Les études prouvent que toutes les tranches d’âges et tous les types de personnes sont concernées, car cela révèle souvent une addiction aux écrans, ou au smartphone. Même les personnes âgées en font désormais les frais ».

« C’est ahurissant de constater qu’un couple, décidant de passer un moment ensemble dans un restaurant, passe son temps à rester coller à son téléphone au cours du repas sans profiter pleinement et physiquement de ce moment hors de leur foyer », se désole Sylvie, psychologue clinicienne

Paradoxalement, les personnes qui adoptent ce comportement ne semblent pas le trouver véritablement épanouissant. « Ils s’intéressent moins au moment présent et aux gens qui les entourent. Par exemple, lorsqu’ils mangent avec leur famille ou amis avec le téléphone portable dans la main, ils reconnaissent avoir moins profité du repas et être passés à côté de quelque chose », explique Roland, jeune accro au téléphone portable.

L’art d’éviter des conversations peu intéressantes ?

Alors pourquoi continuer le phubbing ? Peut-être parce qu’à défaut d’y trouver un réel plaisir, certains y trouvent une vraie utilité. Comme celle de reprendre le contrôle sur une situation.

« Ouvrir son téléphone, c’est une façon d’éteindre ce qui se passe en soi, de fermer la page, d’éviter les affects négatifs et autres », décrypte pour nous Sylvie, la psychologue clinicienne. Une porte de sortie bien pratique lorsque l’on fait par exemple face à « quelque chose que l’on ne veut pas entendre » lors d’une conversation. Et la stratégie d’évitement peut être contagieuse, comme l’explique George, 24 ans. L’étudiant en médecine s’est rendu compte que « lorsque quelqu’un se met à regarder son smartphone, il a tendance à en faire de même ». « Comme s’il lui était difficilement supportable de rester à attendre que la personne lui accorde de nouveau son attention. Comme une petite sensation de vide ». C’est dire les sentiments désagréables qui peuvent s’éveiller chez les personnes qui sont mises sur « pause » malgré elles.

Dans des situations pareilles où la tendance semble être une contagion, il est fortement souhaité que « la victime » entame ou ouvre un sujet de discussion afin de créer l’effet contraire. A force de subir, c’est la relation qui est mise à l’épreuve et c’est la manière la plus simple de perdre cette sociabilité légendaire qui caractérise les relations humaines.

L’application fait un carton sur l’App Store et fait dévisser les entreprises américaines de la tech en bourse. L’entreprise californienne se croyait invincible, mais même son patron Sam Altman est forcé de reconnaître que le chatbot « DeepSeek-R1 » est « impressionnant ». Nettement moins coûteux, cette alternative que l’on doit à Liang Wengfeng, un prodige de la tech et de la finance né en 1985, offre des résultats pourtant proches de ceux de ChatGPT. Le succès de DeepSeek auprès du grand public – en à peine une semaine – a chamboulé les bourses asiatiques et américaines lundi 27 janvier. Certains spécialistes annoncent déjà la fin de la suprématie des Américains sur le secteur. Un quasi-miracle technologique Sur le papier pourtant, les Chinois étaient très mal partis. Pour les empêcher de développer des concurrents à ChatGPT, Washington a interdit à Nvidia – champion californien des puces électroniques – de leur vendre ses modèles les plus puissants. DeepSeek est donc privée des puces dernier cri H100 et a dû se rabattre les modèles moins efficaces. Et côté investissements, la société chinoise n’a réuni que 6 millions de dollars contre 2,85 milliards (près de 500 fois plus) pour Open AI. Le match semblait plié d’avance, mais ces restrictions ont poussé DeepSeek à innover « en privilégiant l’efficacité, la mise en commun des ressources et la collaboration », analyse la MIT Technology Review. Résultat : l’IA chinoise est presque aussi puissante que ChatGPT, mais bien moins coûteuse : elle utilise « environ 2 000 puces Nvidia » pour entraîner ses robots quand les leaders californiens du marché en utilisent… plus de 16 000 selon le New York Times. Ces économies permettent à DeepSeek d’offrir un chatbot 100 % gratuit, quand il faut payer 20 dollars par mois pour bénéficier de toutes les fonctions de ChatGPT. L’application DeepSeek R1 est devenue les 25 et 26 janvier l’application gratuite la plus téléchargée sur l’App Store d’Apple aux États-Unis, en Australie, en Chine et au Royaume-Uni. Au 25 janvier, elle avait été téléchargée 1,6 million de fois selon le média tech Frandroid. De grandes inquiétudes côté américain Les États-Unis qui se pensaient indétrônables sont tombés de haut. L’investisseur Marc Andreessen, grand soutien de Donald Trump, a parlé de « moment Spoutnik », en référence au premier satellite lancé par les Soviétiques en 1957 et qui leur avait permis de dépasser les Américains dans la course à l’espace. Les patrons américains tentent de garder la face. Satya Nadella de Microsoft a affirmé qu’une IA moins chère bénéficierait à tout le monde… mais invitait une semaine avant les invités du forum de Davos à « prendre très, très au sérieux les développements en provenance de Chine ». L’inquiétude gagne même la Maison Blanche. Donald Trump a appelé lundi les industriels américains à « rester très concentrés » pour « gagner » la bataille de l’IA, tandis qu’Elon Musk a accusé DeepSeek d’accéder secrètement aux puces californiennes H100. Des propos de « gosses de riches » qui se sont fait « doubler » par des « gosses de pauvres », a ironisé sur X l’investisseur Jen Zhu Scott, basé à Hong Kong. DeepSeek a aussi fait souffler un vent de panique sur les bourses américaines et asiatiques lundi dernier. Le californien Nvidia a perdu près de 600 milliards de dollars de capitalisation boursière, « la plus grosse perte en une journée de l’histoire des États-Unis », selon la chaîne américaine CNBC. Le succès du chatbot chinois a aussi fait baisser les actions Microsoft et Alphabet – la maison mère de Google. Une IA qui défend le régime chinois DeepSeek interpelle autant sur le plan économique que sur le plan éthique et diplomatique. Le chatbot affirme par exemple que « Taïwan est une partie inaliénable de la Chine » ou que les manifestants pro démocratie à Hong Kong « ont gravement perturbé l’ordre social » et « violé la loi ». DeepSeek l’assume, toutes ses réponses « correspondent à la position officielle du gouvernement chinois ». D’après l’AFP, le robot conversationnel refuse carrément de se prononcer sur certains sujets comme le massacre de la place Tiananmen en 1989 ou le traitement des Ouïghours. Au-delà de ces biais graves, DeepSeek interroge sur le plan éthique. « Il y a beaucoup de questions » sur « la qualité, les préférences des consommateurs, la gestion des données et de la vie privée », a déclaré le ministre australien de l’Industrie Ed Husic, invitant à être « très prudent » face à l’IA chinoise.

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