Traque, poursuites d’opposants: Macky ne changera pas

Le Colonel Abdourahim Keita, ancien patron de la Dirpa, la Direction des informations et relations publiques des armées , est aujourd’hui entre les mains des enquêteurs de la Division des investigations criminelles pour avoir posté un message dans sa page Facebook, qui serait une incitation à la révolte.

Son interpellation fait suite à celle de partisans de Idy2019, la coalition de l’opposition arrivée second lors de la présidentielle du 24 février dernier.

Ce même reproche avait été fait contre l’activiste Abdou Karim Guèye, arrêté à la place de l’Indépendance. Il vient d’être libéré hier parce que seulement condamné à une amende de 50.000 FCFA.

D’autres partisans de l’ancien Premier ministre avaient également été arrêtés, même bien avant le scrutin.

Au sein de la coalition de Rewmi, on parle d’intimidation de la part du régime et on promet, bien sûr, d’y faire face.

Car, faut-il le rappeler, le Colonel à la retraite fait de la politique et a choisi le camp de l’opposition.

Il est important de faire remarquer que Macky ne changera pas. Tous ceux qui avaient espéré avoir un nouveau type de Président vont vite déchanter. Pour une raison très simple : On ne change pas un cheval qui gagne.

Sa stratégie ayant jusqu’ici porté ses fruits, le Président réélu sera, toujours, dans la dynamique d’attaque et son opposition dans celle de défense. Exactement comme avant.

Car, depuis son arrivée au pouvoir, Macky s’illustre en disciple de Wade qui, ayant fait de la DIC une police politique, avait ainsi intimité nombre de ses opposants dont la liste est très longue. Le Commissaire Assane Ndoye s’était fait justement un nom tant les opposants entendus étaient nombreux au sein de cette unité d’enquête et d’investigation.

Arrivé au pouvoir, Macky a fait de même en traquant tous ses opposants. On se rappelle de la manière rocambolesque et policière dont l’ancien Ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom avait été cueilli au Nord du pays. Depuis, il a rejoint le camp présidentiel au même titre que Samuel Sarr, emprisonné sur une simple déclaration dans sa page Facebook, sans oublier Aïda Ndiongue qui a été victime de cascades de procès qui font peur.

Pas moins d’une trentaine de libéraux ont ainsi été arrêtés, entendus, jugés et emprisonnés pour certains.

Cette démarche a eu droit de Karim dans ses velléités d’être Président de la République. Mais aussi de Khalifa Sall qui, aujourd’hui, a perdu tous ses mandats électifs du fait justement de cette traque.

Et Moustapha Cissé Lô, dans son franc-parler, vient de reconnaitre que la majorité serait au second tour si ces deux derniers étaient candidats. Quel aveu de taille.

Et on veut que Macky change. Non, il ne changera pas. Il va encore et encore utiliser l’appareil répressif de l’Etat pour neutraliser des adversaires. Il va surtout continuer à instrumentaliser la Justice justement pour les mêmes raisons. Comme d’hab….

Et pourtant, le moment était propice à une introspection pour tirer les leçons de tout ce qui s’est passé et mieux entrer dans l’histoire.

Ce qui caractérise les grands hommes, ce n’est pas justement l’adversité, mais leur capacité à pardonner.

Au demeurant, cette période post-électorale est pleine de tension. Or, il n’est pas indiqué de mettre l’huile sur le feu. Les gens peuvent accepter la défaite, mais pas forcément l’humiliation.

Mais, malheureusement, d’autres échéances électorales pointent à l’horizon, avec notamment les locales en décembre et des législatives en 2022.

Et comme Macky ne voudrait jamais d’une cohabitation, il va encore et encore continuer à ‘’politiker’’, c’est-à-dire à développer les réflexes électoralistes consistant à mettre toutes les chances de son côté.

D’ailleurs, certains parlent de ‘’second tour’’ en décembre avec les locales. Et ce faisant, il n’est pas sûr, entre temps, qu’il lâche la pression sur ses opposants.

Khalifa Sall risque, encore, de rester en prison et Karim de moisir en exil.

Macky sait qu’il tient le bon bout et il ne le lâchera pas.

Alors, il faudra s’attendre à d’autres interpellations et procès…

Assane Samb

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