Macky saison II: La montagne a accouché d’une souris

Selon la majorité présidentielle, le nouveau gouvernement serait une équipe compacte faite pour l’action, une sorte de task force qui doit adopter le mode fast track.

D’après certains opposants, au contraire, il s’agirait d’un gouvernement rabougri où beaucoup de personnes changent mais où rien ne change dans la façon de conduire la politique. En vérité, c’est un remaniement poussif et sans éclat, tel un soufflé qui retombe, avec Macky Sall seul à la barre qui entend changer de cap dans ses cinq dernières années à la tête de l’Etat.

Le gouvernement de Dionne III, à l’exception de trois ou quatre ministres, est bancal. Et Cheikh Oumar Hanne constitue une tache noire qui le salit irrémédiablement !

Le voilà enfin ce remaniement laborieux dont on nous parlait tant depuis la validation des résultats de la présidentielle du 24 février dernier par le conseil constitutionnel ! Tant de temps, tant de commentaires, tant de suspense pour former un nouveau gouvernement au forceps. Le remaniement annoncé depuis le début de la semaine a livré un casting représentatif de la méthode Macky Sall.

Il était temps parce que le pays fonctionnait au ralenti depuis le démarrage de la campagne du parrainage en septembre dernier jusqu’au jour du scrutin. L’accouchement a été difficile parce qu’il a fallu une opération chirurgicale de dernière minute du ministère des Finances pour libérer le bébé que tous les sénégalais attendaient avec impatience. Il a fallu toute une alchimie à Macky Sall pour parvenir à accoucher une liste qui présente des surprises et des évidences.

La composition du nouveau gouvernement n’est vraiment intéressante que par certains noms qui n’y figurent plus. L’absence d’Ismaïla Madior Fall, le missi dominici et tailleur constitutionnel du Prince, qui a joué un rôle important dans l’incarcération de Khalifa Sall et l’élimination de Karim Wade de la présidentielle du 24 février, étonne à plus d’un titre. Ce désormais ex- Garde des sceaux a poussé le président Sall à revenir sur la promesse de réduction de son premier septennat. Et comme si la liste de ses bêtises ne suffisait pas, il commençait déjà à instiller dans l’opinion l’idée d’un troisième mandat.

Mame Mbaye Niang, accusé par un rapport de l’IGF, n’a jamais su user de tours de passe-passe pour se blanchir. D’ailleurs, toutes ses interventions n’ont fait que l’enfoncer dans les accusations de détournement de deniers publics et de passation de marchés de gré à gré portées contre lui. En sus, en tant que ministre du tourisme, il a montré toutes ses limites intellectuelles par rapport au département qu’il dirigeait. Pour lui, le tourisme se limite au soleil et aux animaux.

Le summum du scandale a été atteint quand, sur le plateau de France 24, il a cité la Gambie et la Guinée Conakry comme étant des pays membres de l’UEMOA. Pour une fois, le président Macky Sall a montré que l’arrogance et l’imprudence ne sont pas des critères objectifs ou exclusifs pour trouver sa place dans le soleil gouvernemental. On ne pleurera pas sur le sort du sous-ministre Pape Gorgui Ndong dont la nomination accidentelle à la Jeunesse avait été le scandale du gouvernement de Boun dionne II.

Les départs des journalistes Abdoulatif Coulibaly, Souleymane Jules Diop et Aminata Angèle Manga ne sont point surprenants puisque ces derniers ne sont jamais parvenus à donner le tempo majeur à leurs départements respectifs.

En outre, leur manque de base politique est un handicap majeur pour peser au sein de la mouvance présidentielle. Quant à Pape Abdoulaye Seck, son limogeage étonne les observateurs et même la masse paysanne mais pas ses camarades de parti. Il est accusé récemment par le Forum civil d’avoir signé des marchés de gré à gré d’un montant de 369 milliards F cFa.

Accusation qu’il a démentie par la suite mais véritablement sans convaincre. On subodore qu’il y a trois ou quatre ans, il a donné des tonnes de semences gratuites à tous les députés de la 12e législature. « Générosité » qui lui a valu la confiance de tous les députés qui ont voté littéralement et sans barguigner son budget pendant cette année-là.

Le départ de Mame Thierno Dieng nous réjouit tristement, non qu’il soit incompétent mais parce que tous les patients qui souffrent de maladies dermatologiques souffrent aussi de son absence. Son niveau d’étude, son sérieux, son sens des responsabilités lui permettent d’occuper n’importe quel poste ministériel.

Mais son handicap, lui le médecin militaire et officier supérieur, est qu’il n’est pas du genre à se jeter dans la mare politique pour chanter les louanges du Président ou essayer massifier l’APR comme s’y adonnait déjà éperdument l’universitaire Ismaïla Madior Fall.

Dans un gouvernement où l’on ne promeut en masse que des médiocres politiciens qui manquent de vertu, un médecin consciencieux comme le colonel Mame Thierno Dieng n’avait pas sa place.

Sa véritable place, c’est auprès de ses malades de l’hôpital Le Dantec même si, après plusieurs années de bons et loyaux services loués de tous, il mérite toute autre promotion qui lui procurerait les rangs et avantages d’un ministre de la république.

Cheikh Oumar Hanne, la tâche noire dans Macky II
et parlant de vertu, force est de souligner que la tare congénitale de ce gouvernement est la nomination de Cheikh Oumar Hanne, désormais ex-directeur du COUD.

Selon des informations recueillies à Seneweb, le rapport de l’Ofnac 2014-2015 accuse Cheikh Oumar Hanne de fractionnement des commandes dans les marchés, d’octroi de subventions irrégulières, des pratiques de détournements de deniers publics et de faux et usage de faux.

Outre l’action judiciaire, l’OFNAC demande dans son rapport que Cheikh Oumar Hanne soit relevé de ses fonctions de directeur du coud et que toutes les mesures soient prises pour qu’il ne lui soit plus confié la responsabilité de diriger un organe public. Dans le détail, le directeur du COUD a effectué un certain nombre de dépenses à l’occasion d’une cérémonie de visite, au campus, du chef de l’Etat.

Le rapport constate le versement de subventions au régisseur pour les dépenses suivantes : 8 millions FcFa destinés aux étudiants de l’Ucad, 15 millions FcFa pour l’habillement d’accueil pour les étudiants, 32 millions FcFa pour l’habillement des femmes et des hôtesses du coud, 34 millions pour la confection de tee-shirts, bodys et casquettes pour tous les étudiants et le personnel du COUD.

Un total de 89 millions a été engagé pour la cérémonie d’accueil au président de la république. alors que la décision d’octroi des subventions est prise le 13 août 2016, et que la cérémonie était prévue pour le 31 décembre 2015. Il y a donc postériorité de la décision par rapport à l’événement que les dépenses sont censées couvrir. Pire, le document démontre qu’il n’y a aucune trace de l’effectivité des dépenses : pas de procès- verbaux de réception, pas de matières reçues dans le service.

Cheikh Oumar a été encore cité par l’autorité de régulation des marchés publics (ARMP) dans son rapport 2016 comme faisant partie des mauvais élèves de la gestion « sobre et vertueuse ».

En cause, l’exécution des marchés dont le montant s’élève à 851.064.340 F cFa. Dans le document, le cabinet KPMG, qui a fait l’audit, révèle que les personnes impliquées dans la passation desdits marchés n’ont pas signé la charte de transparence et d’éthique pour la gestion 2016.

Le rapport relève également plusieurs anomalies dont « le retard dans la mise en place de la commission des marchés publics en violation de l’arrêté n°00864 du 22 janvier 2015, l’absence de fichier de fournisseurs agréés, des documents de paiements pour l’ensemble des appels d’offres ouverts… ». C’est le cas également pour l’avenant au marché de clientèle s0110/15, relatif à la gestion et exploitation du bloc restaurant de Bambey (Bambey 1, Lambaye 2, Diourbel et Ngoundiane) pour un montant de 700 millions FcFa attribué à TOUNEG International.

Ces scandales financiers qui éclaboussent Cheikh Oumar Hanne n’ont jamais fait l’objet d’un démenti sérieux de la part du mis en cause. Quelques conférences de presse ou interviews lui ont suffi pour s’exonérer de toutes ces accusations émanant des corps de contrôle de l’état.

In fine, le remaniement tant attendu a accouché d’une souris. Le gouvernement actuel, à l’exception de quelque quatre ou cinq ministres, est bancal. Il ne permettra pas au Président de retrouver une attache avec les sénégalais parce que son casting est plus un état-major politique électoral qu’une équipe d’hommes et de femmes compétents aptes à mettre en orbite l’acte ii du PSE pendant ces cinq années à venir.

Ainsi le Sénégal continuera à aller dans le mur et ce sont les sénégalais des classes moyennes et populaires qui en seront les premières victimes. Faire croire qu’un changement de ministres (15 entrants et 20 sortants), caractéristique de la saison 2 de la Mackyie, est la panacée capable de relancer la machine est dès lors trompeur.

Un gouvernement ne s’apprécie pas à l’aune de son obésité, ni de la représentativité politique de ses ministres mais de la compétence et de la vertu de ses membres. ce qui est une denrée rare dans ce Macky II.

Serigne Saliou Guèye

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