Le juge Kavanaugh à la Cour suprême, une victoire pour Trump

 

Le Sénat américain a approuvé samedi la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême offrant à Donald Trump, après trois semaines de tourmente politique, une nouvelle victoire qui devrait satisfaire son électorat conservateur à un mois, jour pour jour, des élections parlementaires.

“J’applaudis et je félicite le Sénat pour la confirmation de notre formidable candidat”, a salué sur Twitter le président américain, qui a défendu bec et ongles M. Kavanaugh.

M. Trump a ajouté qu’il signerait “plus tard aujourd’hui l’acte de nomination et il prêtera serment officiellement. Très palpitant!”.

En votant à une très courte majorité (50-48), les sénateurs ont mis un terme à un processus de confirmation chaotique, marqué par des accusations d’agression sexuelle datant de plus de 30 ans contre le magistrat de 53 ans.

Ces accusations ont accentué les clivages au sein de la société américaine et des milliers de personnes ont protesté dans le pays contre M. Kavanaugh.

“Honte” 

Samedi matin, un groupe de manifestants, en majorité des femmes, a brièvement occupé les escaliers du Capitole à Washington pour tenter une ultime fois de faire pression sur les élus. Ils scandaient notamment “Honte” et “Novembre arrive”.

Et, dans l’hémicycle, le vote a été plusieurs fois interrompu par des cris de protestation.

Le Sénat, chargé de donner le feu vert pour les nominations à vie au sein du temple du droit américain, a suivi les lignes partisanes –les républicains votant pour et les démocrates contre– à l’exception d’un élu démocrate. La républicaine Lisa Murkowski, qui avait annoncé qu’elle voterait non, s’est finalement abstenue.

Le juge Kavanaugh va ainsi rejoindre la plus haute juridiction des Etats-Unis, qui vérifie la constitutionnalité des lois et arbitre les conflits les plus épineux de la société américaine (droit à l’avortement, peine de mort, encadrement des armes à feu, mariage homosexuel, protection de l’environnement…)

L’arrivée de ce fervent défenseur des valeurs conservatrices place les juges progressistes –quatre sur neuf– en minorité pour potentiellement de nombreuses années.

C’est un revers pour les démocrates et défenseurs des droits civiques qui s’étaient mobilisés dès sa nomination en juillet pour tenter d’empêcher sa confirmation.

Malgré leurs efforts, Brett Kavanaugh, un brillant magistrat formé à l’université de Yale, était en bonne voie pour être confirmé quand une femme l’a accusé mi-septembre d’une tentative de viol remontant à une soirée entre lycéens en 1982. Les révélations sur sa jeunesse tumultueuse et ses excès se sont ensuite multipliées.

Cette accusation a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un pays sensibilisé à la question des violences sexuelles depuis le lancement du mouvement #MeToo dans le sillage de la dénonciation du producteur Harvey Weinstein.

Lors d’une audition au Sénat suivie par vingt millions d’Américains, Christine Blasey Ford, universitaire de 51 ans, s’est dite sûre “à 100%” d’avoir été agressée par M. Kavanaugh alors qu’elle n’avait que 15 ans et lui 17.

En colère, le magistrat a clamé son innocence et s’est dit victime d’une campagne de dénigrement orchestrée par l’extrême gauche.

Sous la pression d’élus indécis, le Sénat a alors demandé d’urgence un complément d’enquête à la police fédérale (FBI).

Le rapport, rendu mercredi soir, a conforté les républicains, qui n’y ont “rien” trouvé de compromettant, et ont immédiatement enclenché la phase finale du processus de confirmation.

Les avocats de Mme Ford ont eux estimé que ce rapport n’était pas “significatif”, car ni Mme Ford ni le juge Kavanaugh n’ont été interrogés.

Impact sur les “midterms”? 

La sénatrice Lisa Murkowski est la seule républicaine à avoir fait défection, estimant que Brett Kavanaugh n’était pas “le bon homme pour la Cour en ce moment”.

Mais, en l’absence d’un sénateur républicain pour le scrutin, elle s’est finalement abstenue pour ne pas mettre en danger la très courte majorité.

Selon les statistiques du Sénat, M. Kavanaugh est le juge le moins bien élu depuis la confirmation de Stanley Matthews par une seule voix de majorité en 1881.

Pour Donald Trump, cette nomination pourrait avoir un impact sur les “midterms”, les élections parlementaires du 6 novembre, en poussant les électeurs conservateurs à le remercier dans les urnes et à lui offrir une majorité plus large au Congrès.

Les démocrates, en revanche, espèrent que cette nouvelle polémique poussera les femmes à voter pour leurs candidats.

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