Côte d’ivoire: Guillaume Soro; la panthère, le renard ou le fin stratège ?

Les choses se précisent de plus en plus en Côte d’Ivoire dans le rang de la classe politique du pays. Les grandes têtes commencent à se positionner dans les différentes formations politiques et les camps se forment pour s’affronter pendant la prochaine consultation électorale pour le choix du prochain président de la République. Toutefois, une position est très attendue des ivoiriens ; celle de Guillaume Soro qui semble-t-il s’est complètement éloigné de son allié Alassane Ouattara. Que prépare l’ex chef des forces nouvelles ?

Guillaume Soro, acte I

L’homme commence à prendre ses distances avec le RDR, une formation à laquelle il s’est allié au lendemain de la crise post-électorale. Le président Alassane Ouattara, président du RDR, tente de le ramener à ses côtés et le nomme vice-président du parti. Malgré ces bonnes grâces, le président de l’assemblée nationale, poste occupé sous la « bannière » RDR, semble toujours viser autre but. La distance se remarque de plus en plus avec le temps même si, des rencontres s’organisent entre les deux hommes et Soro reste toujours silencieux sur la question. L’impression que donne l’attitude de Soro n’augure pas de relations de bonne coopération. De plus, les bruits de couloirs avaient commencé par annoncer un probable intérêt de Soro pour le poste présidentiel.

La patience de panthère

Le président de l’Assemblée nationale quitte le pays en douce pendant un long moment. L’arrestation le lundi 9 octobre 2017 du chef de protocole de Guillaume Soro, par la justice ivoirienne, a laissé éclore autant de réactions que de commentaires. Mais assurément, elle place le Président de l’Assemblée face à son destin. Cette situation lui a porté un coup dur mais il est resté égale à lui-même ; tout en regrettant le fait, Soro ne fait pas de commentaires sur une possible forme de pression de la part de ses alliés du RDR pour le ramener sur « le droit chemin », alors que Ouattara le sentirait de plus en plus loin de ses idéaux.

Soro rentre au pays aussi discrètement qu’il est parti mais toujours pas de réaction. Mais l’atmosphère avec le président était crispée et cela a commencé à corser avec la création du parti unifié le RHDP, qui a servi à Ouattara d’instrument de ménage au sein de la mouvance présidentielle.

Soro, acte II

Alassane Ouattara avait déclaré dans un de ces discours, qu’il était temps de laisser la place à une autre génération, parlant du pouvoir et de la gestion des affaires au sommet de l’Etat. Après ce discours, et bien entendu avec la rupture d’avec le PDCI de Konan Bédié, certaines personnes ont même pensé à Guillaume Soro pour remplacer Ouattara sur le fauteuil présidentiel. Fausse alerte, Soro annonce qu’il n’y pense pas encore pour le moment et dès qu’il en aurait l’intention, il le dirait à Ouattara.

Au fil des jours et semaines, les relations entre les deux hommes se détériorent, une tension attisée par les pressions incessantes des pro-RHDP pour que Soro clarifie sa position. Certains ont publiquement appelé le président de l’Assemblés nationale à déposer sa démission. Des pressions qui ont amené les partisans de Soro à leur faire des mises en garde. Mais le président de l’Assemblée n’a toujours pas réagit, restant dans un mutisme qui a inquiété aussi le chef de l’Etat qui l’a convoqué pour un tête à tête à huit clos.

Soro, acte III : l’ultime phase ?

A la suite de diverses pressions et à l’approche du congrès du RHDP, qui confirmera la création en bonne due forme du « parti du Rassemblement des houphouétistes pour la Démocratie et le Progrès (RHDP) », le président Alassane Ouattara et Guillaume Soro ont eu une rencontre. Au lendemain de cette rencontre de laquelle rien n’a d’ailleurs filtré, Soro signe une procuration à son adjoint au parlement et s’envole pour la France. Le congrès se déroule donc sans Soro et ce fut le fait marquant de la rupture entre lui et le président.

Pendant que l’incertitude plane sur sa démission ou pas de la tête du parlement, Ouattara vient tout clarifier en annonçant publiquement que « Soro démissionnera en février, c’est réglé ». Si donc Soro démissionne de la tête de l’Assemblée nationale, c’est un signe évident de son refus de faire partir du RHDP ; car on se souvient que le président avait sorti du gouvernement et des postes clés de l’Etat, tous ceux qui n’adhéraient pas au parti unifié.

La ruse du renard ?

La question de la démission ne se posant plus, l’autre question épineuse qui taraude les esprits est, sur quelle base les deux hommes rompent-ils leur collaboration ? Soro a-t-il finalement décidé de se présenter à la présidentielle comme tout le monde s’y attendait ? Si c’est bien le cas, il aurait tenu sa promesse en le faisant savoir à Ouattara. Et justement ce serait une vraie raison pour qu’il ne fasse pas parti du parti unifié dont ADO est désormais président. L’autre possibilité serait que Soro désir quitter le camp de son allié pour faire cavalier seul, le temps de qui reste pour l’échéance électorale, afin de mieux se positionner. On sait qu’il est fortement courtisé par Bédié et que cette option n’est pas exclue des cartes à jouer pour lui.

Le stratège ?

Toutefois, il y a une dernière option ; Soro Guillaume pourrait jouer l’électron libre et « neutre » car, rappelons nous, il est devenu un chantre de la réconciliation dans le pays et par cette position, il pourrait tenter de faire les bons offices entre toutes les parties tant, les pro-Ouattara, les pro-Bédié que chez les « Gbagbo ou rien », préparant ainsi le chemin pour une autre échéance où il serait vu comme le messie ayant ramené la paix en Côte d’Ivoire. La voix de la présidence lui serait tracée et aucun compromis contre-nature ne lui serait imposé. Dans tous les cas, Guillaume Soro et Ouattara, cela sent la fin d’une collaboration aux rapports tumultueux.

BENINWEBTV

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