Abdou Ndéné SALL DG de la SN/TER : “La relance du secteur ferroviaire n’est pas un projet mais une réalité”

Abdou Ndéné Sall est  à la tête de la Société Nationale du Train Express Régional (SN/TER) depuis pratiquement 15 mois. Dans un entretien exclusif accordé au mensuel LA DÉPÊCHE RÉPUBLICAINE, l’ancien  ministre délégué chargé du développement des réseaux ferroviaires, évoque le renouveau du chemin de fer au Sénégal. L’occasion faisant le larron, le DG de la SN/TER, qui est par ailleurs polytechnicien de formation, estime que le TER dont le coût s’élève à plus de 700 milliards Cfa, est financièrement viable. A l’en croire, le TER va transporter chaque jour, plus de 115.000 passagers. ENTRETIEN…

(Propos recueillis par Siaka NDONG)

Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours professionnel

Je m’appelle Abdou Ndéné Sall. Au plan politique, je suis le Coordonnateur de Benno Bokk Yakaar et de l’APR dans le département de Tivaouane. Je suis, de par ma formation, ingénieur de conception en génie civil de la neuvième promotion Cheikh Anta Diop (1986) de l’école Polytechnique de Thiès. En 1987, j’ai obtenu mon premier emploi comme inspecteur à la Régie des Chemins de Fer du Sénégal.

Mon second poste, je l’ai occupé au Projet de Gestion de Développement Urbain de la banque mondiale. J’ai été, par la suite, à la tête du Consortium CEGES pendant 12 ans avant de créer le Cabinet Afric Consult jusqu’à mon entrée au Gouvernement le 7 Juillet 2014. Je suis, par ailleurs, titulaire : d’un DESS en politique économique de l’UCAD 2000/2002,` d’un MBA en Banque Finances CESAG 2202/2004 ;d’un MBA en Banque en Stratégie et Finances Paris Sorbonne Panthéon Dauphine 2011/2013, Je suis enfin Doctorant à la Luxembourg School of Business sur le thème financement des infrastructures : enjeux et perspectives.Au plan professionnel, j’ai assuré la supervision et l’exécution de travaux, de construction et de réhabilitation dans des projets d’infrastructures au Sénégal. Au plan international, en qualité de consultant individuel et d’ingénieur en génie civil, j’ai supervisé le projet d’évaluation et le montage financier du projet éducation. Au Niger, au Gabon, au Cameroun, en Côte d’ivoire et au Togo.

Parlez-nous de votre compagnonnage avec le Président Macky Sall ?

Mon compagnonnage politique avec le Président Macky Sall date de 2012. Je l’ai, cependant, connu plus tôt, alors qu’il entamait sa carrière à PETROSEN et que moi-même je faisais mes premiers pas au sein du Projet de Gestion du Développement Urbain. Nos deux structures étaient logées dans deux appartements contigus. J’ai, par la suite, eu l’occasion de collaborer avec lui dans le cadre du programme indépendance 2006 et 2007 pour les régions de Fatick et de Kolda. Lorsqu’il entreprit d’aller vers son destin présidentiel pour prendre en charge les destinées du Sénégal, je l’ai accompagné tout naturellement. J’ai été, en effet, convaincu par sa démarche claire,sa vision globale et son approche prospective. Sa qualité d’ingénieur y est, certainement, pour quelque chose du fait de la capacité des membres de cette corporation à analyser de façon systémique des situations complexes et à construire des solutions efficientes et structurantes. J’avais, intimement, la conviction que les chemins que nous allions défricher, sous sa conduite, ouvriraient les chemins propices pour développer le Sénégal.C’est pourquoi en 2014, lorsque le Président, qui a pris le pouvoir en 2012, m’a appelé à ses côtés pour relever le défi de la relance du chemin de fer en qualité de Secrétaire d’État pendant deux ans et de ministre délégué chargé du développement des réseaux ferroviaires pendant trois ans, j’ai accepté la mission, certes difficile, mais importante et utile pour le pays. Je ne remercierai jamais assez le Chef de l’État de m’avoir permis avec une équipe engagée d’avoir contribué fortement, à la réalisation du Projet du Train Express Régional et à la conception de la stratégie de relance du Projet Dakar Bamako. Au mois de juin 2019 le Président a bien voulu me confier le plus grand projet du Sénégal indépendant. Le TER, en termes demontage de financement, en termes de complexité du projet, en termes de gestion de patrimoine est, à mon sens, un projet de nouvelle génération et le signe patent de l’entrée du Sénégal dans le 21eme siècle.

Comment est né justement le projet du TER que vous qualifiez comme étant le plus grand projet du Sénégal ?

Le président Macky Sall bien avant son entrée dans des gouvernements avait déjà nourri une réflexion profonde sur la situation générale du pays. Lorsqu’il a décidé d’écrire sa propre histoire, il a commencé à faire le tour du Sénégal pour rencontrer le pays profond. C’est au cours de ce périple qu’il a finalisé son diagnostic et dressé un état des lieux du secteur des transports et constaté particulièrement une forte dégradation de l’infrastructure ferroviaire et du matériel roulant dans l’ensemble du Sénégal.Il a constaté, entre autres, que la gestion de la mobilité urbaine et la desserte des banlieues de Dakar est l’un des défis majeurs de la capitale qui compte 3 millions d’habitants surtout au regard de son urbanisation croissante avec un accroissement annuel de 100 000 habitants par an, soit 3 % par an et de sa géographie caractérisée par l’étroitesse de la presqu’île du cap vert. Il faut rappeler que Dakar est une agglomération qui représente 0,3% de la superficie nationale, qui concentre 66% des activités du pays et 72% du parc automobile. Dans sa volonté de désengorger la capitale, le président a conçu un projet ambitieux de développement d’un nouveau pôle urbain à Diamniadio.Dans ce contexte vous comprenez que le Train Express Régional (TER) de Dakar-Diamniadio, qui s’inscrit dans une perspective de développement durable, sera un levier essentiel pour relever le défi de la mobilité. Il répond également à une vision globale et à long terme du développement de l’agglomération de Dakar et constitue, de ce fait, une priorité du gouvernement dans sa démarche de mise en œuvre du Plan Sénégal Émergent (PSE) et dans son approche stratégique de réaménagement et de transformation des territoires. Fort de ce constat d’un besoin spécifique d’une demande de transport non satisfaite, le gouvernement a élaboré une démarche bâtie autour du questionnement ci-après : Est-ce que le projet est économiquement viable ? Est-ce que le projet est financièrement viable ? Est-ce que le Sénégal dispose des compétences et des moyenspour conduire le projet ? Des études, menées par des cabinets internationaux et un pool d’experts et d’ingénieurs locaux de haut niveau et d’autres sénégalais de la diaspora, ont permis d’établir des dossiers d’analyse de faisabilité complets qui ont répondu favorablement à ces préoccupations.  C’est à la suite de ce processus que le Chef de l’État a donné des instructions pour entamer les démarches relatives à la structuration du financement du projet.

Quelle a été la suite après l’approbation du Président ?

J’ai rappelé les étapes préalables liées à l’identification du besoin, les analyses, les études et la disponibilité de ressources humaines locales en nombre en qualité suffisants. Ces facteurs favorablessont à la base de l’autorisation donnée par le Chef de l’État.

A ce stade les services du ministère de l’économie et des Finances, seules compétentes pour engager financièrement le Sénégal et négocier avec la communauté des bailleurs, ont pris le relais si vous me passez l’expression.Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’aucun partenaire financier ne s’engage dans un projet qui n’a pas de viabilité économique et financière. C’est vous redire l’importance de la démarche d’études et d’analyse à laquelle les services techniques du ministère des infrastructures des transports terrestres et du désenclavement, les autorités compétentes du ministère des Finances et l’APIX, ont procédé.L’engagement massif et intéressé des partenaires techniques et financiers constitue, à plus d’un titre, la preuve que le projet du TER obéit à toutes les exigences d’utilité, de rentabilité économique et financière.

La Banque Islamique de développement (BID) a financé le projet à hauteur de deux cent milliards de francs CFA. La Banque Africaine de Développement (BAD) s’est engagée à hauteur de cent vingt milliards de francs CFA.L’ensemble des partenaires français ont contribué à hauteur de cent quatre-vingt-quinze milliards de francs CFA. Le Sénégal a complété le reste. Ce qui fait un coût global autour de sept cent milliards de francs CFA. Je voudrais vous préciser que le coût de ce projet est établi sur la base d’un appel d’offres international qui, par définition, garantit les prix compétitifs. L’ensemble du processus de passation des marchés a reçu les avis de non objection des autorités nationales et des bailleurs de fonds internationaux qui établissent ainsi et s’il en était besoin les preuves de de transparence et d’efficience des procédures inhérentes au projet du TER.

Ou est-ce que vous en êtes avec l’opérationnalisation de la phase 1 du TER ?

Les travaux sont très avancés. Un examen de l’état du chantier du TER révèle un taux de réalisation de plus 97%.  Au moment où je vous parle les processus liés à la certification sont en cours et sont à un stade avancé. Il, est important de porter à la connaissance des populations l’intérêt et la pertinence de cette étape qui est la dernière touche des travaux qui va apporter toutes les assurances relativement à la sécurité des installations fixes, du matériel roulant et des systèmes par l’identification et la prise en charge optimale de l’ensemble des risques générés par le fonctionnement du TER.

Le TER est une infrastructure moderne qui appartient en totalité au Sénégal ; il constitue une vitrine et donne une indication sur le niveau d’infrastructures et de services que le Président Macky Sall souhaite offrir au Sénégal.La qualité et le niveau d’exploitation que requiert ce patrimoine sont à l’origine de la décision du Gouvernement à solliciter le savoir-faire groupement SNCF / RATP/KEOLIS.

Il faut préciser que le TER fait appel à un train bi mode inconnu dans toute la sous-région, à des systèmes de signalisation de télécommunications et de billettique de dernière génération. L’exploitation, la maintenance et l’entretien des divers infrastructures nécessitent le concours appréciable de l’assistance de partenaires stratégiques dans les premières années.

Un contrat d’exploitation et de maintenance sur une période déterminée sera bientôt signé avec ces partenaires sur une période minimum favorisant le transfert technologie et de connaissance. Les compétences locales constitueront la majeure partie du personnel. La présence d’agents expatriés sera limitée au strict minimum nécessaire.

Il convient de rappeler que dans le cadre de la réalisation du TER le secteur privé national a bénéficié directement des financements à hauteur de 20% du montant global  des financements du projet sans compter la part des sous traitants sénégalais qui ont concouru à la l’exécution des autres marchés.

Que répondez-vous à une certaine opinion relativement aux critiques parfois acerbes sur le TER?

Cette question revient souvent. Ma réponse reste invariable. Pour dire vrai j’entends de moins en moins de critiques tellement la réalité du TER s’impose à tous nos citoyens qui l’ont tous adopté. Mais pour en venir directement à votre préoccupation je dirai simplement ce que j’ai déjà dit à un de vos confères.

Vous savez, vous trouverez toujours des personnes qui, de nature, sont réfractaires à toute réforme et à toute innovation ; d’autres par stratégie politique s’opposent à toute initiative gouvernementale et n’encenseront jamais les projets initiés par le Président Macky Sall. Je voudrais indiquer que le Gouvernement inscrit sa démarche dans une prospective stratégique qui consiste toujours à poser la question de savoir quel Sénégal pour les générations futures ? Pour ce faire, le Président a fait le choix de l’action politique utile et non celui de l’immobilisme. Au-delà du secteur ferroviaire toute la politique conçue et mise en œuvre par le Chef de l’Etat est basée sur cette problématique. Le TER est une projection dans l’avenir ; lorsque qu’il roulera et permettra à 115 000 voyageurs de se déplacer quotidiennement dans le confort, la sécurité, à des tarifs raisonnables, on n’entendra plus ces vaines polémiques car les populations, seules juges, ont déjà plébiscité l’infrastructure.

Croyez-vous sincèrement au renouveau du chemin de fer au Sénégal ?

Ma réponse est toute simple : Oui Je crois fortement au renouveau du secteur ferroviaire.Le premier élément de réponse sur lequel je me suis longuement étendu est Le projet du TER. C’est une infrastructure, visible par tous, réelle, utile et qui apporte des réponses efficaces au problème de la mobilité entre Dakar et ses proches et lointaines banlieues, le nouveau pôle urbain de Diamniadio et l’Aéroport Blaise Diagne. Au début de notre entretien, je vous ai dit que le Président, en faisant le tour du Sénégal, a constaté l’état de dégradation du secteur. Il a de ce fait forgé une vision de relance du chemin de fer en parallèle et en alignement stratégique avec le PSE qui, dès maintenant et à l’horizon 2035, va favoriser une augmentation dela production de biens et de services. Il lui est, en conséquence,apparu impérieux de promouvoir un transport ferroviaire comme appui à cette production.

La vision du Président vise l’instauration d’un nouveau secteur ferroviaire articulé sur un maillage du territoire, adossé aux potentialités minières découvertes au Sénégal tout en facilitant le transfert de produits des zones de production aux zones de consommation et le désenclavement des régions naturelles de la Casamance et du Sénégal orientale.

Le projet de renouvellement de la ligne Dakar Tamba avec un Hub logistique dans cette même ville sera une épine dorsale rejoint par les lignes vers les mines de phosphate de Matam, les régions de Ziguinchor et de Kolda et enfin vers les minerais de fer de la Falémé.Ce projet, piloté par la société Chemin de Fer du Sénégal et qui doit continuer vers Bamako a quasiment bouclé son financement avec le concours de la Banque mondiale. Les travaux commenceront incessamment. Je signale la création récente de la société les Grands Trains du Sénégal qui remplace le Petit Train de Banlieue et qui a pour mission de relancer le secteur du transport ferroviaire pour la reconstruction et la modernisation du patrimoine ferroviaire national existant. Je peux le dire : la relance du secteur ferroviaire n’est pas un projet mais une réalité.

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